rue89 - Sarkozy nous conduit à la "catastrophe culturelle" Par Antoine de Baecque (Historien) [ transmis par François P. dans un esprit desmotscratique ]

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la politique culturelle est toujours en crise. Mais ce n’est plus pour mieux réaffirmer sa nécessité et tenter de trouver une autre manière de la pratiquer, d’autres domaines sur lesquels placer la priorité des investissements et des attentions de la politique d’intervention de l’Etat. Aujourd’hui la crise traduit une autre réalité: elle révèle surtout que la politique culturelle est en train d’être sacrifiée au nom d’autres valeurs, au nom d’autres priorités. Celles-ci s’appellent: obligation de résultat, rentabilité, performance économique.

Début janvier, le gouvernement a rendu public un projet de notation trimestrielle des ministères et de leur titulaire qui, dans le cas du ministre de la culture, serait absolument suicidaire: seize critères qui vont de l’évolution de la fréquentation des musées à la part de marché des films français sur le territoire national, ou au nombre de fichiers audio ou vidéo piratés.

Si un ministre de la culture voulait être “performant” dans ce cadre-là, ce serait un appel permanent à la démagogie et au pouvoir de la mode, du prime time, du best-seller et du film qui marche. C’est-à-dire une révision complète des priorités de la politique culturelle telle qu’elle existe en France depuis plus d’un demi-siècle: prix unique du livre, subventions aux théâtres publics où l’on ne joue pas précisément la dernière pièce à succès d’un boulevardier en vogue, avances sur recettes prioritairement données à des films sélectionnés sur des critères de "qualité" et non de rentabilité forcenée, etc.

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Le souverain en France, qu’il règne sur une monarchie, dirige un empire ou préside une république, a toujours été le protecteur des arts et le diffuseur de la culture nationale, faisant de toute politique culturelle une affaire personnelle. Il nous paraissait naturel, dans le pays de l’Etat nation, que la puissance publique soit à la fois une providence et un mécène. Etat providence et Etat mécène sont les deux figures d’une même face, celle d’un Etat qui serait depuis toujours l’instituteur de la culture, son régent, son intendant et son dispensateur.

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Avec Nicolas Sarkozy, nous entrons dans une autre ère, il faut le savoir. D’ailleurs, aucun grand "projet culturel" n’a été annoncé (alors que celles-ci n’ont pas manqué), mis à part un très aléatoire et nébuleux "jardin des sculptures" sur le site de Billancourt. Cela est logique, puisque la culture comme aspiration commune, comme service public, comme "élévation des âmes" et révélation de soi, le nouveau président n’en a rien à fiche.
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