[ Précision apportée rétrospectivemment à la suite des commentaires de Michèle ci-dessous : Il ne s'agit nullement ici en choisissant cet article de faire l'éloge de Cohn-Bendit par opposition au président. ]
Rue89 - Mariette Darrigrand (Sémiologue) - Le voyage Outre-Manche du couple Sarkozy a eu lieu la semaine même où pour la première fois un hebdo (Marianne) titrait: "Le Président impuissant", utilisant un mot d’ordinaire réservé à la gauche, et contre lequel précisément le candidat de l’énergie et du "travailler plus" a su gagner.
Le court séjour chez la perfide Albion apparaissait ainsi comme capable de soigner l’Impuissance du président citoyen par un rapprochement avec la Toute puissance du Roi –ou de la Reine. Sur la scène du théâtre médiatique, Nicolas Sarkozy est le personnage qui donne par excellence l’impression de vivre entre ces deux extrêmes de la puissance. Il hésite, fait le culbuto, descend, remonte, redescend, probablement au plus proche en cela de l’individu lambda (on parle beaucoup aujourd’hui des troubles bi-polaires).

Notre président n’est pas allé se redorer le blason chez Juan Carlos, roi démocrate, mais chez Elizabeth, reine on ne peut plus tradi. Nous étions donc assurés de vivre un retour direct à l’avant movida, aux années 60, à cette époque où la Guerre était encore proche (d’ailleurs il fut question de faire partir des troupes), où les femmes ne ressemblent en rien aux hommes et portent des tailleurs gris affreusement inconfortables, d’inutiles petits bibis et des gants…Le look vintage de Carla a beaucoup plu aux Anglais précisément parce qu’il était suranné. Loin d’avoir la modernité d’une Jackie Kennedy, Madame Sarkozy, qui connaît bien Londres et ses paradoxes, a plutôt fait penser aux actrices (merveilleuses d’ailleurs) des années Demy ou Rossellini. Carla a vu des films, et à la manière de ses collègues -Marion Cotillard revêtant la dépouille de Piaf, ou Sylvie Testud devenant Sagan- elle a su réincarner une Deneuve mâtinée d’Ingrid Bergmann ou une Audrey Hepburn déliciseusement lolobridgidatisée… Just perfect.Quand les idées manquent, quand les idéologies s’absentent, il reste le corps: incarnation d’images vues et admirées pendant l’enfance… Le sarkozisme est souvent cela: un grenier plein de déguisements.Dans le grenier de Sarkozy, il y a mai 68.Pendant que le roi français, temporairement déchu, tentait de se restaurer dans son statut à la cour d’Angleterre, Daniel Cohn-Bendit faisait exactement le contraire à Paris… Les empaillements de son vivant, ce n’est pas son truc! Et le culte de l’autrefois l’intéresse visiblement moins que les interrogations de l’avenir. Sur le plan des signes, en tout cas, c’est cela que l’on pouvait comprendre à partir du choix très particulier de photos, effectué par Télérama également cette même semaine. Le bleu pétant de Dany, photographié à l’intérieur du magazine pour illustrer le dossier anniversaire des fameux \"événements\", se jouait en opposition au noir et blanc de la célèbre photo de Gilles Caron, choisie en couverture. Forget 68, proclame l’enfant de mai devenu homme politique mature. Arrêtons le mythe, continuons le combat, c’est à dire l’Histoire.Dès lors, l’on voit bien en quoi la veste bleue cohnbenditienne s’oppose de plein fouet au tailleur noir/blanc du couple sarkozien. Deux bords politiques pour deux façons bien distinctes de vivre le temps et la socialité qui en découle.S’ennoblir, pour la presse magazine et d’une façon générale pour l’art photographique, signifie en général revenir au noir et blanc d’antan: photos du studio Harcourt et des grandes années de cinéma. Carla Bruni a souvent vu l’univers de la mode jouer avec ces mythologies visuelles. Son tailleur sixties en était la preuve parfaite: l’indice même du mythe.Depuis quarante ans, Daniel Cohn-Bendit lutte pour ne pas se laisser \"déshistoriciser\" et échapper à la mythification. Sarkozy, c’est l’inverse. Depuis un an, il a la possibilité d’écrire un chapitre très important de l’histoire française, mais il est de plus en plus évident que cela ne l’intéresse pas. Quand on le voit à la cour des grands (people hypermodernes ou rois désuets), on se dit que ce qu’il veut, lui, c’est entrer dans la Légende.\"Etre le premier président qui…\" Cette formule revient souvent dans sa bouche… Pour la première fois, un Président divorce, pour la première fois un Président veut réformer la loi de 1905… Le premier président qui veut toucher le tabou de la Sécu, celui de la retraite…Le modèle de l’Histoire passe par le texte: références, auteurs, pensées, concepts. Celui de la Légende passe par le \"Livre des records\": dictionnaire des premières ou des seules fois…La légende, dans ce cas, est bien pratique. Une seule phrase suffit pour, selon le terme, légender une photo… Mais elle sait, comme personne, suggérer le grandiose: la photo est toujours possiblement celle de l’acteur mythique, de la scène-culte, de l’image \"gravée dans tous les esprits\".Car c’est bien cela, la légende au sens propre: ce qui doit être lu (legenda), ce qui doit être répété dans la nuit des temps aux enfants des écoles, hauts faits élus pour passer à la postérité. Seule la légende donne aux figures politiques leurs statuts d’icônes du monde actuel.Comme celui de Che Guevara, le visage de Sarkozy, légèrement doublé par celui de Carla Bruni, dans le beau noir et blanc de la photo d’art pour tous, finira-t-il un jour sur un tee-shirt ou une casquette?
Commentaires
Excusez-moi, je suis bête- que vient faire ce guignol de Cohn-Bendit (pauvre Cohn, disait déjà Desproges il y a près de trente ans) dans cet article ? Pourriez-vous m'expliquer ? Est-ce de l'humour ? dans ce cas je suis passée à côté, excusez-moi, je le regrette mais je vieillis... très vite maintenant.
Espérant une réponse,
Michèle
d'accord avec vous pour dire que la présence de Cohn-bendit ne présente aucun intérêt du point de vue qui est censé nous intéresser. mais l'auteur de l'article en a décidé ainsi. Alors pas d'autre choix que de le subir pour bénéficier du reste.
L'ennui, c'est que non seulement je ne partage pas l'admiration de l'auteur pour Cohn-Bendit - désormais et depuis longtemps inconditionnel de la mouvance droite du PS -ça, c'est mon affaire. Mais que l'article vise à faire croire qu'il y a une opposition entre Sarkozy et le bon Daniel. Or, cela , malheureusement, ça fait partie de l'intox médiatique et donc n'aurait pas dû être publié sur un site qui s'attaque justement à ce problème. Et là, je suis sûre d'être objective, et ce n'est certes pas l'allusion à la "modernité de Jackie Kennedy" qui me fera douter...
Amicalement
Au risque de déplaire (ce n'est pas la 1ère fois), Daniel Cohn-Bendit (quelle que soit les faiblesses qu'on peut lui reprocher) est un modèle qu'il serait bon de reproduire. Dans une Europe divisée entre 20 langues et plusieurs centaines de miliers de clochetons, avoir été conseillé municipal à Francfort (chargé de l'intégration des immigés) puis député européen en France, s'exprimer avec la même habileté en allemand et en français, est un record qu'aucun Français n'a égalé. Si les Daniel Cohn-Bendit étaient plus nombreux, le "traité simplifié" (ou non) serait probablement rédigé autrement, l'Europe serait peut-être autre chose qu'une néo-colonie des USA, la variante américaine de ce qu'est la Françafrique pour le duché de France.
Le "chef de l'Etat français" est peut-être conscient de n'être rien d'autre d'autre qu'un roitelet subordonné à un empire (ce qui a été le cas de tous les rois, tant que la monarchie a été dominante en Europe, ce qui avait justifié l'adage "constitutionnel" français : "sire roi est empereur en son royaume"). Il brosse les bottes de son empereur dans l'espoir d'un "sourire qui ne soit pas sinistre".
Il a été élu pour avoir eu l'habileté de créer un bouc émissaire, les "immigrés". Il a été poussé en avant par le roi Jacques 1er qui en a fait le "candidat naturel" de l'UMP, mettant de Villepin à l'écart. "Sous les pavés, la plage" et sous l'apparente hostilité entre l'ex-mari de Cécilia et le mari de Barnadette, un discrète complicité.
Jacques 1er a affiché son hostilité à la guerre d'Irak. Les naïfs y voient une marque d'indépendance face aux USA. C'est charmant. Revenons sur terre : Jacques 1er a envoyé des forces spéciales en Afghanistan aux côtés des troupes américaines. Là, tout va bien ; le roitelet est à la botte de son empereur. Le vassal se rebiffe lorsqu'il s'agit de s'attaquer à l'Irak. Ce n'est que par intérêt : pour le seul intérêt des affairistes français. Rappelons : Saddam Hussein pour faire guerre aux iraniens et accessoirement bombarder les Kurdes, a besoin d'avion ; envoi "clandestin" d'avions "Etendards". les marchés irakiens. Elf-Iraq était attributaire de marchés dans les années 1970 ; la société Elf a été débarquée en 2003 : les Américains ont pris sa place. Le SDECE avait de bons correspondants à Bagdad ; l'arrivée des Américains a tout balayé comme ils ont dû l'avouer lorsque deux journalistes fraçais ont été coxés en Iraq. Inutile d'énumérer plus longtemps. C'est ça que Jacques 1er voulait éviter : être éjecté et remplacé dans le business et la politique irakiens.
Jackie Kennedy ressuscitée sous les traits de la cover-girl italienne promue reine de France. La pauvre doit se retourner dans sa tombe.