Chine: les courbettes de Nicolas Sarkozy «vassalisent» la France
Par P B le mercredi 23 avril 2008, 05:43 - Lien permanent
20minutes.fr - Face aux protestations anti-françaises en Chine, Nicolas Sarkozy tente de calmer le jeu et de rétablir des relations diplomatiques saines avec l’empire du Milieu. Trois émissaires ont été chargés de rétablir la confiance avec les autorités chinoises: Jean-Pierre Raffarin, Christian Poncelet, le président du Sénat, et Jean-Daniel Levitte, le conseiller diplomatique du Président.
Dans la même séquence, Nicolas Sarkozy a exprimé son soutien à l’athlète handicapée Jin Jing, qui avait été chahutée lors du passage de la flamme olympique à Paris. La France en fait-elle trop? Décryptage.
Pourquoi la France est-elle au centre des critiques chinoises?
Alors que la flamme olympique a été chahutée à Londres et que le Premier ministre britannique Gordon Brown a annoncé qu’il ne se rendrait pas à la cérémonie d’ouverture, la Grande-Bretagne n’est pas visée par les manifestations ou les réprimandes chinoises. Pourquoi la France? «Les dirigeants chinois voient dans la France une cible idéale pour dire au reste du monde “vous avez plus besoin de nous qu’on a besoin de vous”», selon Dominique Moïsi, de l’Institut français des relations internationales (Ifri).«C’est un pays hautement visible à cause de la suractivité de Sarkozy, un pays hautement vulnérable à cause de sa balance commerciale déficitaire et un pays hautement contradictoire à cause des hésitations gouvernementales sur le sujet du boycott de la cérémonie d’ouverture des JO.»
Comment les Chinois considèrent-ils ce virage diplomatique français?
La lettre de Nicolas Sarkozy à Jin Jing «a été appréciée par le peuple chinois», a déclaré une porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinoises. Mais les experts voient dans ce virage diplomatique un véritable aveu de faiblesse de la France. «La Chine a 14 pays mitoyens qui ont toujours été considérés comme des vassaux», explique Jean-Vincent Brisset, spécialiste de la Chine à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). «Traditionnellement, quand ces pays avaient fait quelque chose de mal, ils envoyaient un émissaire offrir des cadeaux et faire la révérence à l’empereur. La France s’est mise dans cette même position de vassalité en envoyant trois émissaires après le passage de la flamme.»
Est-ce un retour à la realpolitik de Jacques Chirac?
Nicolas Sarkozy, qui avait promis lors de la campagne présidentielle de rompre avec la realpolitik qui laisse de côté les Droits de l’homme au profit des intérêts économiques, a une position ambiguë face à la Chine. Lors de sa visite dans l’empire du Milieu en novembre 2007, il avait peu parlé des Droits de l’homme, allant au-delà des espérances de ses interlocuteurs en déclarant qu’un référendum sur l’indépendance de Taïwan était «injustifié». Sur la question du boycott de la cérémonie d’ouverture des JO, les couacs gouvernementaux avec Bernard Kouchner et Rama Yade ont montré son hésitation sur le sujet. Selon Jean-Pierre Raffarin, le Président «attend la concertation européenne pour se décider». D'après Jean-Vincent Brisset, si Nicolas Sarkozy revient à une politique proche de celle de Jacques Chirac, «ce n’est pas de la realpolitik: le réalisme voudrait que face à un pays fort, la France ait une réponse forte. Les Chinois ont beaucoup de mépris pour les pays faibles, alors qu’ils respectent les pays qui se positionnent clairement et fortement, comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne.»
L’initiative de Bertrand Delanoë de faire du dalaï-lama un citoyen d’honneur de la ville de Paris affaiblit-elle encore la France?
Pékin a vivement condamné la décision du maire de Paris: «La Chine fait part de son vif mécontentement et de son opposition résolue», a commenté la porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Au moment où Nicolas Sarkozy déploie des trésors de diplomatie pour renouer les contacts avec la Chine, l’initiative de Bertrand Delanoë tombe mal. «Cela brouille le message de la France. Les Chinois, qui vivent dans un pays très centralisateur, ne comprennent pas que le maire de la capitale puisse prendre une décision contraire à celle du Président», estime Dominique Moïsi.

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